AMRAE - ATOUT RISK MANAGER - page 13

La culture du risque est-elle suffisamment
développée en France ?
«
Nos grands groupes ont fait un énorme chemin. J’ai été très
frappé de voir, lors des dernières rencontres de Deauville organi-
sées par l’AMRAE où j’ai eu l’honneur d’être invité, que la France,
mieux que les autres pays de notre continent, avait la capacité de
faire venir les associations d’évaluation des risques européennes
et pas seulement françaises. Et ce n’est pas par hasard que sur les 100 pre-
mières entreprises mondiales, 8 sont françaises. Nos grands groupes, par
définition, doivent être à la pointe en matière d’évaluation du risque à
l’échelle mondiale. Mais je suis très frappé également de voir que dans les
ETI, l’évaluation du risque est devenue aujourd’hui une donnée naturelle.
Je pense qu’à travers notre système de formation, nous avons un atout im-
portant pour préparer les jeunes générations à l’évaluation du risque. La
France est donc bien placée. Aux États-Unis, j’ai d’ailleurs été frappé par
l’accueil très favorable réservé aux diplômés français. Si notre système de
formation est perfectible, il produit néanmoins des élites de très grande
qualité. Le ”problème” français n’est donc pas, à mon sens, du côté de l’en-
treprise mais plutôt du côté des administrations car c’est là que la culture
du risque fait défaut. »
Quels pays sont en avance ?
«
L
es États-Unis ont une vraie culture du risque ou plutôt de la
prise de risque maîtrisée et évaluée. C’est un pays où l’on est
convaincu que l’on apprend mieux de ses échecs que de ses suc-
cès. L’échec n’y est pas un marqueur négatif comme malheureu-
sement trop souvent en France.
À l’extrême opposé, vous avez la Chine, pays dans lequel j’ai servi et dont
les dirigeants, par la volonté de Deng Xiaoping, ont presque tous, depuis 30
ans, une formation d’ingénieur. Ils gèrent donc le pays sans apriori idéolo-
gique, comme une grande entreprise qu’il faut développer. Ils ont un sens
aigu de l’évaluation et de la planification du risque. La réussite chinoise
tient donc, selon moi, assez largement au fait que le régime confie le pou-
voir à des ingénieurs qui connaissent les rouages du monde économique. Je
suis impressionné par leur capacité à prévoir à 30 ans, et ce, à l’échelle d’un
pays de 1,3 milliard d’habitants !
L’Inde, qui est une très grande démocratie, a longtemps manqué de cette
fonction d’évaluation et de prévision. Je suis convaincu que le nouveau
Premier ministre, Narendra Modi, en est conscient et prendra les décisions
stratégiques nécessaires. »
Quel regard portez-vous sur la fonction de Risk Manager ?
«
L
e Risk Manager est, d’une certaine façon, un homme nouveau
mais sa fonction dans l’entreprise demeure fondamentale dans
un monde de plus en plus confronté à des changements bru-
taux et des discontinuités et des ruptures. L’époque heureuse
où l’on pouvait dire que l’on construisait un modèle pour les 20
ans à venir est révolue. Il faut donc, au sein des entreprises, des évaluateurs
de risques qui aident les décideurs à prendre en compte tous les paramètres
avant chaque décision importante. C’est une fonction qui doit se développer
rapidement. Par mon parcours, je me sens proche des évaluateurs de risques
et c’est pourquoi je suis heureux d’aider l’AMRAE dans ses projets.
»
ATOUT RISK MANAGER, LA REVUE DE L’AMRAE
I N°2 I
SEPTEMBRE 2014
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ACTEURS EN VUE
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