ATOUT RISK MANAGER N°33

ATOUT RISK MANAGER N°33 I ÉTÉ 2022 41 Dossier - Maîtriser les risques hydrogène et batteries au lithium-ion L’avis de l’Amrae La communauté de la gestion des risques est parfaitement consciente des dangers induits par le changement climatique qui se traduit d’ores et déjà par une accélération des phénomènes météorologiques extrêmes impactant les activités économiques et menaçant le fragile équilibre du marché de l’assurance. Pour l'Amrae, s’engager pour lutter contre le changement climatique, c’est bien sûr diffuser des bonnes pratiques dans la gestion des risques météorologiques catastrophiques ou graduels mais également accompagner le développement de filières engagées dans la transition climatique. Le cas des t r anspor t s t e r res t res de ma rchand i ses ou de pe r sonnes es t emblématique : ce secteur est un gros consommateur d’énergie et il a lancé sa révolution écologique par l’électrification à marche forcée du parc automobile, et demain par le développement de la motorisation à l'hydrogène du transport de marchandises et de voyageurs particulièrement pour le transport de marchandises. En matière de risque, transporter des marchandises ou des personnes, c’est stocker de l’énergie. Chacun comprendra que l’énergie stockée qui vous permet de partir avec votre famille à l’autre bout de la France ou a fortiori de déplacer des dizaines de tonnes de marchandises, si elle est libérée de manière accidentelle en quelques minutes ou secondes, va faire des dégâts. Cela vaut évidemment pour les combustibles fossiles traditionnels mais également pour les nouveaux modes de stockage (batteries, hydrogène). Quiconque a vu une vidéo d’incendie d’un véhicule électrique aura été impressionné par la rapidité et l’intensité de l’incendie, et les services de secours savent à quel point il est difficile de contrôler un feu de batterie. Quant à l’hydrogène, cette belle molécule est fuyarde et explosive… Le déploiement des filières batteries et hydrogène induisent une mutation des risques et leur dispersion sur toute la chaîne de valeurs des nouvelles filières : unités de production de batteries, lieux de stockage, distribution et maintenance et véhicules. Idem pour l’hydrogène avec la production via des électrolyseurs, le transport, la distribution dans des stations et le risque induit lors de l’utilisation du véhicule ainsi que sa maintenance. Ces mutations n’iront pas sans incidents qui auront un fort retentissement médiatique car l’attention des médias se porte plus volontiers vers les nouveaux dangers. Pour assurer le développement harmonieux de ces filières, le management des risques est essent iel et chaque acteur devra travailler sur sa cartographie des risques, le management technique des risques via la prévention, la sûreté de fonctionnement, la maîtrise des risques juridiques et contractuels, le partenariat technique et assurantiel avec les assureurs, le respect des normes et contraintes réglementaires. La formation des managers et opérateurs est un autre enjeu crucial. L'Amrae se mobilise pour accompagner ces mutations et pour ce faire, s’est associée avec le CNPP (Centre national de prévention et de protection), organisme de référence en matière de conseil, formation et normalisation des risques techniques. Au-delà de cet article, d’autres initiatives communes ( f o r ma t i o n , p u b l i c a t i o n ) permettront de diffuser de bonnes pratiques vers les acteurs des nouvel les filières du transport. On retrouve une méthodologie comparable chez Axa France qui assure, par exemple, les busdePauélectriques, hybridesouàhydrogène. « Vu notre exposition financière et la taille de la flotte, nous avons étudié les risques pour les véhicules en stationnement (risques intrinsèques) et les risques liés aux collisions externes (accidents en circulation) », explique Frédéric Bordet, ingénieur prévention chez AXA. « Nous avons amené le client à faire des études de risques supplémentaires, en lien avec le CNPP, pour mesurer les conséquencesd’undépart d’incendie sur un bus (hydrogène ou classique). » Des éléments qui ont permis de modéliser des scénarios de départ et propagation du feu et pour faire des propositions d’organisation du parc : modifier l’organisation du stationnement pour respecter les distances de sécurité, prévenir un embrasement généralisé et faciliter intervention des secours. Cette nouvelle méthode de travail résume bien la complexité du sujet et lamanière de l’aborder, pour inclure largement toute la palette des acteurs impliqués. « Face à une filière émergente et en pleine accélération, l’étroite collaboration entre les industriels, bureaux de contrôle, instances réglementaires, assureurs et services de secours est essentielle pour identifier les meilleures pratiques de prévention et maîtrise des risques, souligne Nicolas Mortegoutte chez Axa. «C’est cet exercice d’intelligence collective qui donnera toutes ses chances à la filière de se développer de façon dynamique… et sûre. » n

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